Créativité et émotions face à un monde en turbulence
©Delphine Daniélou
Dans les Alpes, se trame chaque hiver un tout autre manège. L’hiver est là. La pluie devient neige et tombe sur les heureux chanceux qui se jettent dans les pentes. Ski, snow : il y en a pour tous. Cette joie des premières neiges, cette joie de l’hiver, a pour moi le goût de l’enfance. Cette année, c’est mon 30ᵉ hiver.
La neige, pourtant, tarde. Elle se fait discrète, parfois brutale. Trop brutale. Les choses changent. Tout devient plus fragile. Un équilibre s’est rompu.
Ce sont mes parents qui m’ont initiée au ski.
Tous les hivers, j’en profite : c’est le sport le plus fun qui existe.
Aujourd’hui, j’emmène toujours ma caméra avec moi.
C’est un outil de plus.
Un prolongement de l’endroit où j’ai grandi, un prolongement de celle que je suis devenue.
La montagne m’inspire.
Mais aujourd’hui, c’est aussi un lieu de réflexion. Un lieu qui fait naître des angoisses. Face aux changements climatiques, aux crises politiques, aux turbulences du monde : où allons-nous ? Dans quelles pentes glisserons-nous s’il n’y a plus de neige ? Aurons-nous le courage d’agir à temps ?
C’est là que la créativité intervient pour moi.
À l’heure du « coma », décembre 2025, je ressens un trop-plein d’émotions.Un moment de saturation, où tout se mélange. Produire, créer, imaginer, respirer… mais respecter aussi ce monde, ces écosystèmes.
Comment ajuster l’équilibre ?
Comment « produire sainement » dans un monde qui va trop vite ?
Ce sont des pensées que je sais partagées. Je ne suis ni la seule à avoir grandi dans un écosystème fragile, ni la seule à observer ces changements au quotidien. Et certainement pas la seule créative à ressentir ce burn-out « créatif ».
Il faut du courage pour ressentir.
Il en faut encore plus pour prendre la parole dans un monde qui préfère parfois détourner le regard.
Le choix de créer, ce sentiment d’aventure
La créativité ne s’invente pas : elle s’impose. C’est un moment, un désir, une sensation. La plupart du temps, ce que je produis ne dépend pas de ce que je pense, mais de ce que je vois et ressens.
J’en suis même venue à cette conclusion : plus je vis, plus je crée.
Il faut des expériences pour créer.
Et le doute fait partie intégrante du processus créatif.
Parfois, cela demande de faire un pas de côté.
De prendre de la distance avec ce que l’on croit, avec ce que l’on scrolle.
Faire le ménage dans son cerveau pour laisser de la place à autre chose…
Cette inconnue.
Ce processus créatif qui n’a ni queue ni tête.
S’ouvrir aux opportunités.
Faire danser les contraintes.
Lâcher prise.
Créer avec joie.
Retrouver ce sentiment d’aventure.
Passer à l’acte dans un monde en turbulence
L’action s’ancre dans le présent.
Et nous avons une infinité de présents.
C’est un art que de faire des choix.
À ceux qui ne voient pas la créativité dans nos vies, je propose une expérience simple.
Partez marcher.
Prenez ce chemin plutôt qu’un autre.
Accélérez ou ralentissez.
Chaque décision est une manière de créer et de modifier votre trajectoire.
Un choix n’est jamais neutre : il raconte déjà une façon d’habiter le monde.
La sociologie nous apprend que nous construisons nos vies, soit par choix, soit par déterminisme.
Il y a ce que l’on crée ensemble, ce que l’on crée pour soi.
Dans tous les cas, il y a de la création.
Nous pouvons créer un présent et un avenir, j’en suis convaincue.
La neige change, mais l’âme de la montagne demeure.
Créativité et émotions incarnées pour un avenir viable
L’idée que l’avenir est incertain est malheureusement avérée.
Mais le discours selon lequel cette incertitude empêcherait d’agir n’est pas sain.
La sidération mène à l’immobilisme et l’immobilisme n’a jamais produit de grands élans.
Alors comment inverser, ou du moins dissoudre, cette narration ?
La création et les émotions peuvent-elles nous aider à imaginer d’autres possibles ?
Pas des réflexions perchées, déconnectées, réservées à une certaine élite politique, économique ou culturelle.
Mais un futur incarné.
Ressenti.
Vécu.
Un futur qui commence ici, maintenant, dans nos choix, nos gestes, nos créations.
Comme une trace dans la neige, fragile, éphémère, mais profondément humaine.
26/01/2026