Dans un monde où les traditions s’effacent et où le changement climatique menace les fondements des civilisations, un gardien de l’essence mongole se dresse : Chuka, qui ambitionne de devenir lutteur d’État.

 À travers ce projet documentaire, nous explorons l’univers de Chuka en Mongolie. Son va-et-vient entre la ville et la steppe illustre l’ambivalence de sa génération : partagée entre l’attachement aux racines et la nécessité de vivre en ville pour s’entraîner, subvenir à ses besoins et exister dans une société en pleine urbanisation. Cette tension se lit dans son corps : il incarne à la fois tradition et modernité, devenant un véritable gardien de l’âme mongole.

Guardians of the mongolian soul

Deux joueurs de football en sueur s'embrassent en pleurant, manifestant leur victoire ou leur émotion intense.
Silhouette d'un homme debout devant une grande fenêtre donnant sur une ville illuminée au crépuscule, avec un ciel nuageux.
Trois hommes mongols, nus de la taille à la tête, portant des bottes traditionnelles et des vêtements de sport, se tiennent en rang dans un gymnase. Ils ont l'air fatigué mais concentré.

Depuis des siècles, les Mongols ont construit leur identité autour du pastoralisme nomade. Mais depuis les années 2000, ce mode de vie est mis à l’épreuve. Face aux crises climatiques,  notamment les dzud, hivers extrême qui déciment les troupeaux, s’ajoutent un contexte économique en pleine mutation*1.

Avec l’ouverture au marché mondial et l’essor de l’industrie minière, le pays a connu une croissance rapide mais inégale. Tandis que de grandes fortunes se sont bâties autour de l’extraction du cuivre, du charbon ou de l’or, une partie croissante de la population s’est retrouvée marginalisée. De nombreux nomades ont été contraints d’abandonner les steppes pour s’installer en périphérie d’Oulan-Bator, dans des quartiers de yourtes dépourvus d’infrastructures de base.

Comme l’explique l’anthropologue Charlotte Marchina, la sédentarisation des éleveurs s’est accélérée : en deux décennies, la part de population urbaine a dépassé 70 %. Beaucoup de jeunes rejettent désormais l’héritage pastoral pour chercher un emploi salarié, souvent mal payé et précaire*2. Ce bouleversement social fragilise les liens intergénérationnels et met en tension la transmission des savoirs nomades.

La Mongolie est ainsi confrontée à un dilemme : comment préserver une culture millénaire alors que les réalités économiques et climatiques poussent inexorablement vers l’urbanisation ?

Un paysage de plaines avec des rivières serpentant à travers l'herbe, des montagnes en arrière-plan, et un ciel partiellement nuageux.
Deux hommes récoltent du bois dans un paysage enneigé avec des arbres dénudés, sous un ciel nuageux
Deux hommes soignent un petit cheval en poney détaché sur un sol de terre dans une ferme en bois

Chuka incarne cette tension dans son parcours de lutteur mongol : entre tradition et modernité, yourte et ville, contraintes économiques et vie rurale.

À Oulan-Bator, il s’entraîne pour réaliser son rêve : devenir lutteur d’État, un titre prestigieux qui symbolise autant la réussite individuelle que la fierté nationale. Ses journées sont rythmées par l’effort physique, la discipline et l’ambition.

Mais dès que l’occasion se présente, il retourne dans les steppes, auprès de sa famille. Là, dans la yourte de ses parents, il reprend le rôle de fils et d’éleveur, aidant aux tâches quotidiennes, soignant les animaux et participant à un mode de vie hérité de générations.

Ce va-et-vient permanent entre la ville et la steppe illustre l’ambivalence d’une génération : prise entre l’attachement aux racines et la nécessité de vivre en ville pour s'entrainer, subvenir à ses besoins et exister dans une société de plus en plus urbanisée*3.

Chez Chuka, cette tension se vit dans son corps  : il incarne à la fois la tradition et la modernité, faisant de lui un véritable gardien de l’âme mongole*4.

Un homme portant un chapeau bleu transporte un grand tas de branches en marchant sur un terrain rocailleux avec de la neige sur une montagne en arrière-plan.
Homme en tenue traditionnelle devant un ciel étoilé nocturne.

Ce projet est né d’un regard curieux posé sur la Mongolie et d’une volonté d’écouter. Écouter ce que les Hommes souhaitent raconter et transmettre, afin de le partager à travers l’image. Cet editing, se souhaite comme une photographie du réel. Il tente d’illustrer le quotidien d’un peuple en équilibre fragile entre modernité et traditions. Il tente également de témoigner des visages, des voix, des résistances, derrière les statistiques d’exode rural ou de changement climatique.

Un editing complet est disponible sur demande.

*1 (ouverture des marchés, nouvelles industries, urbanisation, fluctuation des prix du bétail, ou encore dépendance à l’argent liquide plutôt qu’au troc traditionnel).

*2  Dans son ouvrage Nomad’s Land, Marchina décrit comment les jeunes générations mongoles s'éloignent du pastoralisme nomade traditionnel pour rechercher des opportunités urbaines, souvent dans des emplois précaires, en raison de l'attrait de la modernité et des difficultés économiques liées au mode de vie pastoral. Charlotte Marchina est anthropologue et Maître de conférences en langue et civilisation mongoles à l’INALCO.

*3  Dans Nomad’s Land, Charlotte Marchina montre que la jeunesse mongole aspire de plus en plus à vivre en ville. Cette migration, observée chez de jeunes éleveurs nomades, n’est pas une fuite mais une réponse aux difficultés économiques, climatiques et sociales. Les jeunes recherchent emploi, éducation et meilleures conditions de vie, tout en voyant leur mode de vie traditionnel se transformer.

*4 Une « double appartenance » où le corps du lutteur devient à la fois témoin et vecteur de cette tension entre tradition et modernité. « Témoin » car il subit et reflète cette tension, « vecteur » car il transmet et participe à cette tension.

*5 Ce qu’explique Batmunkh .B dans ses travaux sur le rôle des titres de lutte mongole comme symboles de l'identité nationale. Les résultats suggèrent que les titres de lutte sont non seulement des reconnaissances sportives, mais aussi des manifestations de la lutte pour l'indépendance et l'affirmation de l'identité mongole.